les argentins ne sont pas argentins, les argentins ne sont pas d'argentine, ils sont d ailleurs, en tout cas c est le cas pour les rosarinos. Leurs parents ont tourne le dos a l'Europe, sont venus ici chercher fortune, et eux ont le regard fixe sur nous, c'est le cas d'une grande partie de la jeunesse, que notre continent fait littéralement rêver. Un argentin qui a deja mis les pieds en Europe, n'a pas autant d'etoiles dans les yeux quand il en parle, qu'un argentin qui ne la connait qu' a travers l'art, les livres, ou les medias. La plupart de ceux qui y sont alles se sont rendus en espagne, chez maman. Et on va dire que maman n'a pas vraiment l'instinct maternel, et qu'elle meprise un peu le rejeton. L'argentin, le sud americain en Espagne, c'est l'africain en France. Alors forcement, l'argentin trouve que c'est un peu tous des bâtards les europeens, qu'ils sont pas franchement "buena onda" et même un peu secs. Ils sont tous d'accord pour dire que le continent est magnifique, impressionnant, regorge de richesse et de beautes, prolifique, prospere, mais ils sont moins dithyrrambiques sur sa population, et moi je ne vais pas les contredire car je suis tous les jours suprise par la simplicite et la generosite des rosarinos, et si ce genre de comportement m'etonne, c'est que je n'ai pas du y etre tres souvent confrontee.
L'argentin est simple, mais il a du caractere, il ne se laisse pas marcher sur les pieds, il ne s'en laisse pas compter, on la lui fait pas. L'expression qui resume le mieux l'argentin, c'est "¡Ojo!", "oeil", en gros "ATTENTION". On me la sort dix fois par jour celle la, "Ojo Anna, OJO!" "Ton eil Anne, TON OEIL!!!". Il se mefie, on a voulu le rouler plusieurs fois, il a grandi dans la crainte du vol, il est sur ses gardes mais une fois qu'il est rassure, a pas plus nounours. Le voleur, c'est la bête noire de l'argentin, il s'en mefie comme de la peste, et moi aussi, ces quantites d'"oeils" qu'on me lance toute la journee m'on rendue completement parano, je marche, accrochee, aggripee a mon sac a dos, toujours du cote du mur de peur qu'un motard me le pique, je jette un coup d'oeil discret derriere mon epaule avant de mettre la clef dans la serrure de mon immeuble, je vis volets fermes, rideaux tires..... Evidemment non, mais! Méfiance....OJO!
Je voudrais vous decrire l'argentine au travers de ses patisseries. Prenons une patisserie francaise, un fraisier par exemple. En ce qui me concerne, le fraisier, je l'aime cremeux, une creme bien fraiche, bien epaisse, bien sucree, avec une bonne fraise dedans et la pate d'amande au dessus. Et c'est toujours une enorme deception quand je tombe sur un fraisier ou il y a une fine genoise, ou meme parfois une epaisse genoise. " la genoise, c'est le leger, l'aerien" vous dira le patissier francais. Non non non, la genoise, c'est de l'eponge, et la creme, c'est divin. En france on veut toujours mettre de la subtilite, de la finesse a tout bout de champs, une touche de grand-marnier, une larme de negrita, un doigt de calava, de la fleur d'oranger, du croquant, du moelleux.... En argentine on s'embarasse pas de tant de frous frous, on fait pas d'chichis. Les patisseries ont l'air moins bonnes qu'en france, elles sont moins bien decorees, mais elles sont dix fois meilleures. La creme patissiere? c'est bon. Le chocolat? c'est bon. Le dulce de leche? c'est bon!!! on empile les trois douceurs en couche bien pépaisse les unes sur les autres, parce que plus y en a , meilleur c'est, on en fait un bon gros gateau, on le coupe en six, six bonnes grosses parts, parce que plus y en a, meilleur c'est, et les clients s'en mangent les doigts (" se te lo come los dedos").... Voila, alors en France, les patisseries mettent l'eau a la bouche, on en fretille de gourmandise dans la queue de la boulangerie, mais il y a toujours un p'tit gout de liqueur ou une pate un peu seche qui te gache le plaisir. Et bien la france est a l'image de ses patisseries, d'apres les conclusions que je tire de ce que me disent les argentins. C'est un pays tres beau, un vrai spectacle pour les yeux, mais ca population est seche, peu genereuse, pas tres accueillante. Elle attire comme un aimant, mais decoit au final. Enfin, ses habitants decoivent le touriste sud-americain. L'argentine c'est tout le contraire, enfin au nord en tout cas. Des clients m'ont raconte qu'en France ( a Paris surtout) certains otochtones refusaient de leur indiquer leur chemin, ne prenaient meme pas la peine de tenter de le leur expliquer sur une carte. Ici quand on demande son chemin a un passant, il vous repond avec precision, arrete un autre passant s'il n'est pas sur de lui, et vous vous retrouvez bras dessus bras dessous avec vos deux boussolles qui se proposent de vous accompagner jusqu'au lieu dit, qui en chemin vous posent mille questions, et ne vous lachent pas avant de vous avoir donne numero de telephone et adresse mail en precisant que vous pouvez leur demander n'importe quoi, qu'elles seront ravies de vous donner un coup de main... Ils en font des tones, mais avec beaucoup de simplicite, ils vous gavent de douceurs, de petites attentions, vous etes une tranche de pain frais qu'ils tartinent allegrement de dulce de leche.
Je continue d'expliquer l'argentine au travers de ses specialites culinaires. Les deux mamelles de l'argentine, c'est le mate, et l'asado. Pour faire un rapide rapprochement, le mate c'est l'equivalent du calumet de la paix, l' asado, du mechoui. Le mate se boit entre amis. C'est une herbe amere en poudre qu'on achete dans des gros sachets qui ressemblent a des packs de farine. Le mate c'est le nom de la tasse dans laquelle on la boit, l'herbe s'appelle la yerba mate. On met la poudre dans la tasse qu'on remplit a ras-bords, on ajoute de l'eau chaude jusqu' a ras-bord et on boit ca avec une paille qu'on plonge jusqu'au fond de la tasse. La paille a un filtre au bout qui permet de retenir les grains d'herbe. C'est du the tres fort qu'on boit a la paille quoi. La difference c'est qu'avec le the, c'est chacun sa tasse, chacun sa cuiller, alors que pour le mate, c'est une tasse et une paille pour tout le monde, et c'est la toute la beaute et la force de la tradition du mate. On melange sa bave avec celle de ses copains, de connaissance, d' inconnus, c'est une invitation a la conversation, a la rencontre, a l'echange, au sens propre comme au figure.
Dis moi comment tu bois ton mate, je te dirai qui tu es. Il y en a qui l'aiment amer, eux sont les "vrais", un vrai mec, il boit le mate amargo, parce que c'est le vrai gout du mate. D'autres l'aiment doux, sucre, d'autres bouillant, d'autres tiede, bref, le mate, c'est une institution. Pour mon anniversaire, on m'en a offert un, en bois, tres tradi, et c'est toujours la surprise quand je propose aux invites d'en boire, ils ne s'attendent pas a ce que je m'adapte autant, et je leur reponds que tout ce que font les argentins, je le fais, ca les ravit!
L'asado, c'est du boeuf au barbecue, des oreilles a la queue, en passant par les reins, on met tout ca sur le grill et on se goinfre en famille le dimanche apres-midi. C'est l'autre institution. Tout le monde passe le dimanche en famille autour du boeuf, tout le monde sauf ceux qui travaillent le dimanche, c'est mon cas donc je n'ai pas encore experimente l'asado, et la, l'argentin fait les gros yeux, c'est inimaginable...
Troisieme chose, je voudrais parler du cafe. En France, je me battais limite avec les serveurs pour obtenir un expresso dans une grande tasse avec du lait chaud a part. Les pauvres types etaient paniques parce que la carte ne proposait que noisette ou grand creme. Et bien en argentine on peut prendre le cafe, dans une petite tasse(chico), ou dans une jarette (jarita) ou dans une grande tasse(doble), on peut le prendre coupe avec du lait (cortado), avec moitie lait moitie cafe ( cortado mita y mita), avec plus de lait que de cafe (cortado liviano), ou avec une larme de cafe dans du lait (lagrima). Bref, si les argentins ne font pas de chichis, ils ont le sens du service, en matiere de restauration comme ailleurs. Ici on peut demander du pain et du beurre sans se faire fusiller du regard par le serveur, on peut ajouter un ingredient dans une salade ou en retirer, ca parait normal, c'est la moindre des choses, en france, on trouverait de la bave dans sa vinaigrette si on osait faire quelconque reclamation. A tel point que certaines personnes detestent aller au restaurant avec moi, parce que je chipotte toujours, alors je derange le serveur et tout le monde a la honte. Et bien ici c'est le paradis des chipotteurs! et ca, ca me rejouit!
Conclusion de tout ca: les argentins sont des bons vivants, de tres bons vivants. Ils aiment les choses simples et bonnes, ils ont un contact franc et direct, un sens de la solidarite multiplié par dix depuis la crise financiere de 2001 ou ils ont pris l'habitude de tous se serrer les coudes, tout le temps. Ils accordent une tres grande importance a leur famille, a leurs amis, et ne concoivent pas qu'on puisse apprecier la solitude. Bref, plus gentil, plus accueillant y a pas, et ca change du franchouillard desagreable et raleur!
Du coq a l'ane
Hace 17 años
1 comentario:
Si les Français ne disent pas toujours "Ojos!" comme les Argentins, c'est qu'ils l'ont intériorisé à tel point qu'ils ont peur de tout et de tout le monde.
Il n'en a pas été toujours ainsi. Dans les années 50 que j'ai vécues à Paris, les Parisiens étaient connus pour leur gouaille , leur gaieté et leur amabilité. En témoignent les figures du Poulbot, du titi parisien, les films français et étrangers tournés dans ces années-là et qu'a un peu ressuscité le film "Amélie Poulain". Les années 80 ont apporté la mondialisation qui a rabattu notre caquet, l'immigration massive qui a complètement changé l'aspect de nos rues et tous les malheurs du monde que nous ingurgitons à l'heure des repas, déversés par la radio et la télé. Pour retrouver la "douce France", chantée par nos poètes, il faut peut-être vivre en province, atteinte elle aussi par la télé, mais peut-être plus à l'abri de la mondialisation ....
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