Je me léve, tôt.
Bonheur, il fait beau, mieux, il fait chaud.
Girardo, mamita sont là, m'asseyent, ces gens là passent leur temps à m'asseoir, vident leur frigo dans mon assiette, que dis-je, c 'est le magasin tout entier qu'on me propose d'ingérer ce matin. J'ai repéré une mandarine et du pain complet, j'attrappe, je mange, j' ai honte, je me cache presque, c'est la première fois que j'ai honte de manger sainement.
J'accepte de sucrer mon thé, par politesse.
Le chien. le méchant dalmatien.
Je lui dis bonjour, je le caresse, j'approche ma tête de la sienne pour le bisouter, on est pays des bisous et des câlins, je veux rendre au chien ce que les argentins me donnent, il me mord, le bâtard. A la tête, rien. Au bras, un trou de la taille de sa canine, des boules de graisses jaunes qui sortent, je m'evanouis presque, je pense a ce a quoi je viens d'echapper de justesse, je pense à la première greffe faciale, mon visage, mon cher visage que je tartine tous les jours de crèmes a failli servir de croquettes a ce batard de dalmatien. Ca sera la dernière fois que je verrai ce chien, on a coupé tous contacts depuis, la maison lui est désormais condamnée, c'etait lui ou moi, on m'a choisie moi. Quand je suis là, on l'envoie dehors, je suis bien contente, bien contente! Mais au final j'ai gagné la bataille, et lui la guerre. J'ai maintenant peur des chiens, et à Rosario, ils courent la rue, 300 morsures par mois, je suis sur mes gardes en permanence.
De l'alcool, du PQ, on zappe vite fait l'épisode et on se prépare pour sortir.
Mati nous rejoins, El Mauro, le grand farceur de la famille descend l'escalier de fer, et nous partons tous les quatres avec Girardo en taxi dans le centre de Rosario. Aujourd'hui deuxième jour, je n'ai qu'un seul objectif, trouver du travail. Je l'ai fait savoir, je l'ai dit a tout le monde, "necesito trabajo". Mati, mon roc, va m'aider, il va être formidable et cette journée sera une des meilleures que j'ai passé jusqu'ici. Nous nous rendons au centre centre de Rosario, au monumento de la bandera, une tour et une grande esplanade style trocadéro dédiés au drapeau argentin. On monte tout en haut de la tour, je pense à Come et Elou qui m'auraient demandé si elle était plus haute que le ciel, si elle pouvait toucher les nuages, combien de kaplas il aurait fallu pour la construire. La vue est magnifique, et enfin je le vois, large, boueux, puissant, le fleuve, el rio, la Parana. C'est le fleuve le plus large que j'ai jamais vu, et sur la rive opposée, surprise, il n'y a rien. Pas de ville, pas d'immeuble, pas de maison, la nature à perte de vue, c'est superbe, hermoso. Mati donne un cours d'histoire, de géographie, de sociologie, tout à la fois, j'entends, j'apprends et, Ô miracle!, je m'intéresse, je me tais, j'ecoute! Serais-je en train de changer, serais-je en train de trouver celle que je suis venue chercher? Méfiance, ne nous réjouissons pas trop vite, ce n'est que le début, pas encore 24h que je suis arrivée.
Nous redescendons, et attaquons les recherches . D'entrée je clarifie les exigences. Je veux être serveuse, je veux servir près du fleuve, et je veux servir des gens riches, car j'ai besoin d'argent. ca tombe bien, la rive regorge de cafés chics. Nous les visitons un par un avec Mati, et à la fin nous tenons un discours bien rôdé: "Hola, je m'appelle Anne, j'ai 23 ans, je suis francaise, je parle francais anglais et espagnol, j'ai été serveuse dans des restos chics à Paris, je suis agile, rapide, efficace et polie, j'ai besoin d'un travail, je peux commencer tout de suite."
Le soir même j'embauchais comme recptioniste dans Le resto de Rosario, El "Don Ferro", installé dans une ancienne gare feroviaire. Le lendemain je faisais un essai comme serveuse dans le café bar de la même entreprise, "La Flora". J'ai choisi "La Flora" pour les pourboires et la brigade de serveurs jeunes et souriant qui anime le lieu. J'ai un travail, c'est beau, c'est grand, un objectif atteint, le premier, en même pas 24h.
Du coq a l'ane
Hace 17 años
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